Étude sur le suivi des grands migrateurs dans le Nord

Les poissons effectuent des déplacements, ou migrations, plus ou moins longs au cours de leurs vies pour accomplir leurs cycles biologiques. Certaines espèces appelées amphihalines effectuent une partie de leur cycle de vie en mer et une autre partie en eau douce. Parmi ces espèces amphihalines, certaines sont communément appelées poissons grands migrateurs comme le saumon ou l’anguille.

Qui sont les poissons grands migrateurs ?

Parmi ces espèces, 7 sont concernées par le PLAGEPOMI :

  • Le saumon atlantique, Salmo salar ;
  • La truite de mer, Salmo trutta trutta ;
  • La grande alose, Alosa alosa ;
  • L’alose feinte, Alosa fallax ;
  • La lamproie marine, Petromyzon marinus ;
  • La lamproie fluviatile, Lampetra fluviatilis ;
  • L’anguille européenne, Anguilla anguilla;

D’après les dernières données obtenues (inventaires de l’Agence Française pour la Biodiversité, de la fédération de pêche du Nord 2017 et du PLAGEPOMI 2015-2020), 5 espèces ont une présence avérée dans le département : l’anguille (Anguilla anguilla), la lamproie marine (Petromyzon marinus) le saumon (Salmo salar), la lamproie fluviatile (Lampetra fluviatilis) et la Truite de mer (Salmo trutta trutta).

La majorité de ces espèces, sauf l’anguille, ne font que passer dans le département. En effet, elles empruntent l’Aa canalisé pour atteindre leurs zones de frayère présentent dans le Pas de Calais sur la rivière de l’Aa et de la Hem.

Concernant la lamproie fluviatile, sa présence est avérée en aval de l’Yser en Belgique, mais l’espèce n’a pas encore été détecté en sur ce bassin côté Français.

Le suivi des populations d’anguille dans le Nord

Autrefois classée comme espèce nuisible, jusqu’en 1984, l’anguille européenne (Anguilla anguilla) est aujourd’hui considérée comme une espèce en danger critique d’extinction dans « le Livre rouge des espèces menacées de poissons d’eau douce » (UICN, 2009). Elle connaît un effondrement de sa population depuis les années 80.

Figure : Indice de recrutement (Rapport de mise en œuvre du PGA-2018)

Les causes de disparition de l’anguille sont multiples et elles agissent sur tous les stades du cycle de développement de l’espèce : civelles, anguilles jaunes et anguilles argentées (Ministère de l’Ecologie, 2010) :

  • Obstacles » à la migration (barrages, modification du Gulf Stream…) ;
  • Disparition de ses habitats de croissance (curage, défenses de berges, destruction des zones humides…) ;
  • Mauvaise qualité chimique des eaux (métaux, PCB…) ;
  • Parasitisme (« Anguillicoloides crassus» ; maladie virale (EVEX), …) ;
  • Braconnage ;
  • Exploitation par la pêche commerciale (notamment des civelles) ;
  • Prédation (cormoran, développement des populations de silures…).

Ainsi, depuis 2010 la fédération réalise un suivi de ces populations. Ce suivi se décline aux travers divers études et méthode :

  • Un réseau d’inventaire par pêche électrique spécifique anguille, décliné par grands bassins sur une période de rotation de 3 ans.
  • Une enquête auprès des pêcheurs amateur du département.
  • L’analyse de l’ensemble des données disponible (OFB, ADNe …)
  • La mise en place de Flottang pour l’étude de la migration des jeunes anguilles.
  • La mise en place d’étude spécifique : ouvrage sur l’Yser ….

Résultats du dernier bilan anguille 2016-2018 :

L’anguille est présente sur tous les grands bassins du département : Flandres, Yser, Escaut et Sambre.

On notera d’ailleurs l’apparition, lors de ce suivi, d’individus en aval de la Sambre et sur la Hante, probablement issus des repeuplements belges.

L’ensemble des ouvrages présents sur le réseau hydrographique du département limite la colonisation des anguilles.

Concernant les captures sur nos stations de suivi, on observe une augmentation sur les Flandres et l’Escaut et une diminution sur l’Yser. Comme pour les suivis antérieurs, la plus grande population d’anguilles se trouve sur les Flandres. La population d’anguilles dans le Nord est en place, c’est-à-dire dominée par des anguilles entre 300 et 450 mm.  Les taux de pathologie des anguilles sont élevés (71%) mais était en diminution lors de ce suivi.

 

Concernant les pressions exercées sur l’espèce dans le département du Nord, celles-ci sont :

  • Le mauvais état écologique et chimique des masses d’eau du département.
  • La présence d’obstacles à la migration des anguilles.
  • La mauvaise qualité des habitats : dégradation des berges, chenalisation…
  • Le braconnage.

Malheureusement, encore trop peu d’actions sont réalisées dans le département en faveur des populations d’anguilles. Pour rappel, autrefois classée comme espèce nuisible, jusqu’en 1984, l’anguille européenne (Anguilla anguilla) est aujourd’hui considérée comme une espèce en danger critique d’extinction dans « le Livre rouge des espèces menacées de poissons d’eau douce » (UICN, 2009). Elle connaît un effondrement de sa population depuis les années 80 soit une baisse de près de 90% du recrutement.

Rapports annuel et des bilans du suivi

À la recherche de la lamproie Fluviatile sur l’Yser

Sa présence est avérée en aval de l’Yser en Belgique, mais l’espèce n’a pas encore été détecté en sur ce bassin côté Français. C’est pourquoi depuis 2019, la fédération met en place divers protocoles afin de rechercher l’espèce sur notre territoire.

Il est très difficile de détecter la présence de la lamproie, car leur période de ponte est très brève et la pêche électrique est peu efficace sur les ammocètes (larve de lamproie). Ainsi, en 2016 et 2017, deux stagiaires se sont penchés sur la question du recensement des lamproies :

  • Allion F., 2016, Méthode de suivi des populations de Lamproie fluviatile (Lampetra Fluviatilis) – Rapport de projet.
  • Lepage L., 2017, suivit de la population d’espèces piscicoles patrimoniales (Lamproie de planer et Barbeau fluviatile) – Rapport de stage.

À la suite de ces travaux, nous avons décidé de réaliser les prospections en plusieurs étapes :

  • Recensement des frayères et des lits d’ammocètes potentiels → 2021
  • Prélèvement des larves → 2021
  • L’ADNe → 2021
  • Suivi thermique → 2019-2021

Résultats du dernier suivi 2020

Actuellement, nous avons pue confirmer que le régime thermique de l’Yser était compatible avec la reproduction de l’espèce.

La période de reproduction de la lamproie fluviatile à lieu entre avril et juin, après une période de crue, entre 10-14 °C (15°C max). Ainsi, d’après le graphique ci-dessus, les températures de l’Yser pendant la période de reproduction (cadre jaune sur le graphique) sont compatibles.

Rapports annuel 2019